Publication - 14 Octobre 2011
Crise congolo-rdcongolaise
Kinshasa lance les premiers pas de la décrispation

Les deux capitales les plus rapprochées du monde, Kinshasa et Brazzaville, ne cessent de surprendre le monde par l’accumulation des crises depuis que les deux pays frères existent comme pays souverains. Les plus persistantes sont celles que les deux pays connaissent depuis bientôt trois ans. Kinshasa subit régulièrement des attaques armées parties de la République du Congo. Les dernières en date sont l’attaque de Lukolela partie, comme bien d’autres, du Congo Brazzaville, un incident de plus entre Kinshasa et Brazzaville.
Le Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Sécurité et Décentralisation, le professeur Adolphe Lumanu Mulenda Bwana Nsefu, a dû effectuer le déplacement de Brazzaville le mardi 11 octobre dernier, où il a rencontré son homologue d’en face, Raymond Zéphirin Mboulou. Cette visite a permis aux deux parties de se regarder en face et de se dire des vérités. Kinshasa n’accuse pas Brazzaville au hasard. Des preuves, les juristes diront des pièces à conviction, ont été montrées à la partie congolaise, démontrant la véracité de l’attaque de Lukolela, le vendredi 07 octobre, aux environs de 2 heures du matin, par un contingent de près de soixante assaillants. La riposte des éléments des Fardc a permis de neutraliser cinq assaillants dont d’anciens éléments ex-Faz et aussi un déserteur des Fardc détenant des cartes de résidents délivrées en République du Congo. Des armes et munitions diverses dont des AKA 47, UZI ont été trouvées sur ces assaillants.

Leur audition a permis de savoir qu’ils ont été recrutés et utilisés par le colonel Faustin Bosenge pour le compte du général Essongo, commandant de l’Armée de terre de la République du Congo. Ils ont été encadrés par un officier de la DGST (agence de renseignement du Congo/Brazzaville), à Bouemba, lors du déplacement de Brazzaville vers Lukolela, via Makotipoko. Leur objectif était d’attaquer simultanément Lukolela, Bolobo, Kwamouth, Mbandaka, Matadi et Kinshasa par des éléments en provenance de Brazzaville. D’après les assaillants, ce mouvement avait pour objectif le renversement du pouvoir à Kinshasa au profit de Faustin Munene. Cette vérité, le vice-Premier ministre rdcongolais en charge de l’Intérieur et sécurité l’a non seulement dite à son homologue congolais, mais aussi démontrée. Cette démonstration s’avérait nécessaire qu’elle a permis d’atténuer la réaction du ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation de la République du Congo, Raymond Zéphirin Mboulou, qui avait qualifié les faits évoqués par Kinshasa de « mascarade et de montage ».

La rencontre de Brazzaville a toutefois permis de décrisper la tension qui commençait déjà à devenir vive entre les deux Congo démontrant la volonté d’apaisement de la situation qui anime les autorités de ces deux pays. L’opinion rdcongolaise perd déjà la confiance dans les autorités congolaises qui joueraient à l’hypocrisie, au regard de l’accumulation des attaques qui partent du Congo Brazzaville contre la RDC, toutes suivies des concertations entre les deux pays qui n’arrivent toujours pas à corriger les actions antérieures. Les déclarations publiques des autorités de Brazzaville contrastent avec les actes posés sur le terrain, dès lors que l’incident de Lukolela n’est pas le premier du genre que la RDC ait connu en provenance du Congo. Il y a lieu de rappeler l’attaque de Bolobo en 1999 par des éléments venus de Brazzaville.

Dans la foulée on se souviendra encore de l’opération dite « Epée de l’Eternel » menée en avril 2011 par des éléments proches de Honoré Ngbanda, venus également de Brazzaville, de même que de l’opération « Pentecôte » en mars 2004 dans laquelle étaient impliqués des éléments venus de Brazzaville et qui avaient, eux, attaqué la Base logistique du Camp Kokolo, l’Inspection générale de la police, la RTNC et les installations de la Démiap/Extérieure. On n’oublie pas non plus les opérations en 2008 et 2009 qui ont permis de découvrir des caches d’armes à travers la ville de Kinshasa et dont les auteurs arrêtés avaient déclaré être venus de Brazzaville, ainsi que l’infiltration en décembre 2010 et janvier 2011 dans la province du Bas-Congo des éléments qui se sont fait passer pour des partisans de l’ex-général Faustin Munene, tous venus également de la République du Congo.

Il y a eu aussi l’attaque du camp colonel Ebeya à Kikwit dans la province du Bandundu le 03 novembre 2010 par des éléments venus de la République du Congo et l’attaque du 27 février 2011 contre plusieurs objectifs dans la ville de Kinshasa, à savoir la résidence du Chef de l’Etat à GLM, la Base logistique centrale au camp Kokolo. S’agissant des autres tentatives d’attaque contre le Palais de marbre, l’aéroport de Ndjili, l’aéroport militaire de Ndolo, la RTNC, la prison centrale de Makala, les installations de SEP-Congo, les assaillants ont avoué, encore une fois, être venus de Brazzaville. Pour autant, les autorités de Kinshasa, animées de l’esprit de paix et de bon voisinage, n’ont jamais posé ni encouragé un quelconque acte de déstabilisation de la République du Congo jusqu’à ce jour, à partir de Kinshasa ou d’une autre localité de la RDC. Au contraire, Kinshasa a toujours impulsé un dialogue franc entre les deux pays. Les services de renseignement de ces deux pays ainsi que des commissions gouvernementales mixtes ont eu, maintes fois, à se concerter sans pour autant réussir à fléchir la position de Brazzaville. Le Vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, prof Adolphe Lumanu, se concerte régulièrement avec son homologue de Brazzaville pour que les deux capitales les plus proches du monde puissent entretenir des relations cordiales et fraternelles. De même que le président Joseph Kabila a eu depuis le début de ce cycle de crises plusieurs rencontres au sommet avec son homologue Dénis Sassou Nguesso. Le prétexte du non règlement par Kinshasa du problème des 367 combattants ex-FAZ et ex-DSP ne tient pas du fait que les autorités de la RDC n’ont jamais consenti de résoudre ce problème. Il est même prévu, comme cela a été le cas pour les différents combattants rebelles de l’Est du pays, l’intégration au sein des FARDC pour certains et la démobilisation pour d’autres.

Comme on peut bien le constater, dans les relations entre les deux Congo, il y a indéniablement un effort continuellement fourni du côté de Kinshasa pour rechercher la bonne entente, mais l’opinion ne comprend pas l’attitude quelque peu ambigüe des autorités de Brazzaville. Par exemple, cette décision unilatérale de mettre fin à la pratique de remise des personnes recherchées comme dans le cas de Udjani retenu sans aucune explication sur le sol congolais (Brazza) et de Faustin Munene, au motif que Mobutu avait assassiné son oncle Pierre Mulele en violation d’un pacte préalablement conclu entre les deux capitales à propos de l’arrangement sur la remise des personnes recherchées. Et ce, même si le ministre congolais de l’Intérieur a affirmé à son homologue rdcongolais que ces deux fugitifs seraient dans une prison sûre loin des frontières avec Kinshasa. Si les deux personnes ainsi identifiées sont aux arrêts au Congo-Brazzaville, on ne voit pas pourquoi la RDC ne serait pas en droit de se demander à quand leur procès ou, à défaut, leur extradition vers Kinshasa !

Des relations de temps en temps tumultueuses

Les relations entre les deux Congo n’ont pas vocation d’être et de demeurer tumultueuses pour des raisons évidentes. En effet, les deux pays partagent un destin commun par leur appartenance géographique, l’histoire de leurs populations et leur évolution politique. Appelés à avoir des relations cordiales, les deux Congo qui partagent une frontière terrestre et fluviale longue de 2.410 km ont, malheureusement, eu, à travers leur histoire, des conflits politiques divers. En 1960 déjà, aussitôt après les indépendances des deux Congo, Brazzaville avec l’abbé président Fulbert Youlou, a servi de bastion des anti-Lumumba d’où étaient partis les complots contre le Premier ministre Lumumba. En 1964, sous le régime du président Alphonse Massamba Débat, le gouvernement Tchombe avait maille à partir avec Brazzaville qu’il accusait d’héberger les révolutionnaires qui voulaient renverser le pouvoir de Kinshasa.

Sous le régime du commandant Marien Ngouabi, les deux capitales les plus rapprochées du monde connaitront également des crises d’abord à la suite de la tentative de coup d’Etat du lieutenant Kinganga à Brazzaville en 1971 accusant Kinshasa de l’avoir soutenu ; ensuite à la suite du soutien de Kinshasa aux forces politico-militaires angolaises du FNLA de Holden Roberto, de l’UNITA de Jonas Savimbi et du FLEC de Thiago contre celles du MPLA qui avaient l’appui de Brazzaville. Avec Mzee Laurent-Désiré Kabila, c’est d’abord une crise due aux obus qui tombaient sur Kinshasa à partir de Brazzaville où les forces du président Lissouba et les miliciens du général Sassou se livraient bataille, ne sachant pas de quel camp venaient ces obus. Ensuite, il y a eu cette éternelle affaire des anciens militaires du maréchal Mobutu réfugiés à Brazzaville, laquelle affaire amène la situation diplomatique qui prévaut à ce jour entre les deux capitales.

Plausibles raisons pour les deux Congo de vivre en paix

La proximité de ces deux capitales, la confraternité liant les deux peuples ont toujours joué en faveur de la détente et de la paix entre les deux peuples. Qui donc a bien pu briser un tel élan de conjugaison d’efforts de stabilisation prometteuse pour de si proches Etats frères ? Que ne s’en inspire-t-on pas par toutes les parties en dépit des maléfices pièges de velléités de discordes que tissent les méchants ennemis de l’entente entre les peuples des deux Congo ? En tous cas, ce n’est pas Kinshasa qui a jamais cédé à cette tentation de querelle !